Honte dans la file du dépanneur

Tout le monde connais les magasines tels que le Playboy ou le Hustler. Voir quelqu’un acheter ces revus nous fait uniquement sourire en coin et  ne nous fait pas réagir vraiment plus que de réduire les occasions de serrer la main au lecteur en question. Mis à part ça, c’est une phénomène bien accepté dans notre société.

Cependant il existe un monde bien plus underground. Des gens qui mélangent allègrement sexualité et meurtre sordide.

Prostitution et mots croisées, drogue et petites annonce: c’est sans aucune préparation ni avertissement que j’allais bien malgré moi me retrouver plongé dans cette tranche secrète de la société.

J’étais donc au dépanneur, pour payer un sac de chips (Yum Yum au Ketchup, les meilleurs d’entre tous) . À coté de moi, un présentoir à journaux me faisait face. En plein centre d’une file d’attente d’une demi-douzaine de personnes. Pour ceux qui à ce stade sont vraiment impressionné par la file d’attente, une demi-douzaine, c’est toujours que 6 personnes… Bon bref, je regardais donc les journaux. En fait, je devrais dire le bas des journaux, car en réalité ils étaient situés dans de petites cases profondes d’à peine 10 centimètres de hauteur. Ça peut sembler mathématique, et un peu complexe à imaginer, mais comme ceci n’est pas un article scientifique, retenez simplement qu’à ce moment, j’étais uniquement en mesure de voir le bas des journaux qui y étaient placés.

Sur l’un des journal, je vois un résumé d’article portant sur un important procès concernant les gangs de motards. Comme une abeille en beau maudit, le sujet pique ma curiosité (Admettez que c’est pour ce genre de phrase succulente que vous adorez le blog !). Alors je me suis étiré le bras, puis pour gagner encore quelques centimètres, je tend mon corps vers les journaux. Mais pendant toute cette manœuvre, je prend bien soin de laisser mon pieds droit au même endroit : je suis encore dans ma zone, qu’on n’essaie pas de me voler ma place dans la file d’attente !

Et voilà, je saisi je journal et je le ressors en reprenant rapidement ma position initiale. Sous son propre poids, et à cause de la façon que je le tiens, le journal se retrouve plié en deux. Je peux donc facilement lire le petit carré  u bas de la page couverture qui avait attirée mon attention un peu plus tôt. Chose faite, je déplie alors le journal pour en lire le titre tout en haut:

Photo Police… merde ! Là, je me sens mal. Sur le haut de la page c’est une danseuse … ou une pute… à moins que ce ne soit les 2. Mais qu’est-ce que je fais avec ça dans mes mains !? Et tout ces gens autour de moi, j’ai l’air d’un weirdo … ail ail ail.

Vite, je vais le remettre dans le rack à journaux. Mais je me ressaisi. Je réfléchi à la situation. Si je le remet dans le rack, je vais avoir l’air du gars pas game d’assumer. C’est dans ces cas là que la « 3 seconds rule » s’applique selon-moi. Passé 3 secondes, tu deviens trop captivé pour être uniquement curieux et désintéressé. Passé 3 secondes, tu deviens intéressé.

Alors j’ai décidé d’assumer, un choix donc bien éclairé vu les circonstances.
Plus qu’une personne avant le caissier. Je dois me préparer à me faire dévisager. Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire ?

  1. C’est pour un ami ? Non, trop connu comme truc.
  2. C’est pour les articles … ? Bah non, ce sont justement les articles qui rendent ce journal aussi étrange. Ça fonctionne peut-être pour le playboy, mais certainement pas pour le Photo Police.
  3. Mon ami est interviewé ! Non ça non plus s’était pas géniale comme idée.
  4. J’aime bien les mots croisées …

Bah pourquoi pas ? Après tout c’est un journal réputé pour 3 choses: Sexe, Crime,et Mot croisés.

Je n’ai d’ailleurs jamais très bien compris à quelle tranche de la population ce journal tente de s’adresser:

  • Qui est passionné par le sexe ? Les truckers et les jobbers.
  • Qui est passionné par les déboires des enquêtes et procès criminels ? Les membres de gangs.
  • Qui est passionné par les mots croisés ? Les personnes agées.

Donc, selon-moi, ce journal s’adresserait au truckers/jobbers retraités impliqués dans des gang criminels. Et comme si ce critère n’était pas assez contraignant, il faut ajouter que — comme il s’agit d’un journal — ceux-ci doivent savoir lire.

Mais bon, je repensais à l’excuse des mots croisées et bien que j’aime bien en faire de temps en temps, je dois admettre que je ne suis pas très doué dans le domaine, et que de toute façon, j’ai pas la tête de l’emploi pour justifier que la motivation de mon achat serait les mots croisés.

Voilà, c’est le moment fatidique, c’est à mon tour de passer à la caisse. Je décide donc d’user de psychologie et de prendre les devants et de tenter d’intimider le commis. De cette façon, il ne sera pas porté à me juger, ou à rire de moi. Je m’avance donc et garde un visage froid et vide. Ma tactique à portée fruit, le commis ne fait strictement rien. Il semble même se foutre éperdument de mon achat. À mes yeux c’est clair: il est terrorisé à l’idée que la moindre émotion de sa part se traduira en un raz de marré de violence à son endroit. Il s’efforce de demeurer impassible, il est évident que toute sa concentration est mise à l’épreuve à cet instant. La force de mon mental viens de signer une victoire sans appel; j’ai gagné. Il met ma revue et mon sac de chips dans un sac, me le tend, et je me franchi la sortie tête bien haute et honneur sauf.

Finalement, j’arrive chez moi, et en passant devant le bac à recyclage, je me dis que tant qu’à y être je peux bien en profiter, et explorer en détails chaque recoin de ce journal: chacune des histoires sordides, chacune des petites annonces, plus débraillée et débauchés les unes que les autres. Bref, me rincer l’œil avec ma dépense accidentelle.

Soudain je me souviens des mots croisées. Je vais enfin voir si c’est vrai que ce journal possède des mots croisés aussi incroyable. Je trouve alors la SUPER GRILLE. De toute ma vie je n’avais jamais vu un tel … manque de savoir vivre ! Un sale connard s’était amusé à faire le mot croisé dans MON journal. Ca ne pouvais être que cet hypocrite de commis de marde qui était passé avant moi.

Salopard, je te hais.

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